Le vent soufflait ce soir de mai
Encore épuisée du long voyage, je rêvais
L'odeur âpre de la toile, mes mains humides
Toutes ces voix, ces visages, un sourire timide
Je m'attardais sur chacun, leur inventait une vie
Et dans ce cercle, dans la lumière, il y avait lui.
D'abord indifférence. Puis passion, et
Absence.
Le vert de ses yeux troublés, ou la détresse dans son regard
Qui sait quel charme m'a pénétré, qui sait pourquoi
Et comment cet instant est arrivé. Cet instant, ce soir
Où, telle la Jeanne éclairée, j'ai su qu'il serait moi.
Puis sa douce étreinte, mon Prince, mon Roi.
J'aime à me rappeler, combien le ciel était beau dans ses bras.
Le silence était d'or ce soir là, et la brise a cessée
Quand il le lui a soufflé. A notre instant, tout s'est arrêté.
Au creux de mon pavillon, sa voix suave et ses je t'aime
Ont un écho interminable
Et l'on chantait Inséparables,
Eternels, et six mille fois la même.
Nostalgie attisée, comme ce feu dans ma poitrine.
Au clair de lune, ses mots m'apaisaient tant ;
Mais Dame Douleur embrasse mon c½ur de ses mains fines,
Et je rêve encore de ce qu'il appelait notre Temps.
Belle Aphrodite, écoute ma plainte
Soulève les obstacles, approche ces frontières
Je vis en l'attente, de l'entente de mes prières
Qui, de leur force peut être, atteindrons ton âme sainte.